In LibriS éditions 16 Passage Courtois 75011 Paris, France tel : +0033 (0) 1 53 27 06 61

bazar

Vieil homme dans le marché à métaux de Damas en Syrie>le livre
>les photos
>le photographe
>le film

@import url(../css/contenus.css); @import url(../css/template.css)

pipe minute

illustration Pipe Minute>le livre
>extrait
>Gaspard Delanoë

l'autoportrait du chaman en érection

Livre-objet ouvert et déplié de l'Autoportrait du Chaman
>le livre
>le texte
>la fabrication

un horpe, ailleurs...

Autoportrait de Ralf Marsault
>le livre
>Ralf Marsault
>préface

clowns au cinéma


>le livre
>clowns au cinéma
>Pierre Etaix

> Préface de l'ouvrage

par Héléna Bastais
«Dans le chaos j’entame une première désignation de toutes les possibilités larvées qui un jour formèrent la culture.»

Antonin Artaud

Désigner c’est distinguer une chose des autres, la réduire à son signe. Tel est le dénominateur commun aux photographies de Ralf Marsault dont les sujets oscillent entre portraits, natures mortes et « paysages » de corps. Après avoir travaillé jusqu’en 1995 avec Heino Muller qu’il rencontre en 1977, Ralf Marsault voyage en art maintenant en solitaire. Ils fondent en 1982 « 25/34 Photographes » (de leurs âges respectifs à cette date), symbole de leur association dans la photographie créative. Dès le début de leur collaboration, ils prennent pour sujets ces êtres que l’on dit « borderline », c’est-à-dire ceux qui vivent en marge des règles sociales, qu’ils photographient à Paris, Londres ou Berlin, et d’où naîtra le livre « Fin de siècle » en 1990. Les photographies présentées dans ce portfolio sont toutes de l’œil de Ralf Marsault, Janus séparé de son autre face depuis la mort de Heino Muller en 1995.


Survivance de ces temps avec Heino Muller, les portraits des marginaux, ces « figures » comme Ralf Marsault lui-même les appelle. Le corps physique comme corps du délit pour le photographe, d’où son intérêt pour ceux qui le mettent en scène, qui s’en servent comme support de leur révolte mais aussi instrument de reconnaissance entre eux. Les mots (maux) sur la peau, traces de leurs déchirures. Déchirures sur la peau chez Barakuda, des vêtements chez Dan et dans Autopsie du lambeau, éloquence de l’entaille, signe de la blessure morale. À bien les regarder, l’impression ressort qu’à travers eux, c’est son autoportrait fragmenté que Ralf Marsault exécute, la conscience de soi à travers celle des autres, la recherche des fragments qui le décomposent. Mais ce jeu d’identités croisées, qui ne découle pas tant d’un narcissisme que d’un intérêt presque ethnographique pour les traces de certaines formes de culture, n’est possible que grâce à la mise à distance opérée par le photographe et qui permet que l’œuvre devienne lisible par d’autres. Il est évident que la photographie permet de mieux voir, ou autrement, puisqu’elle arrête la vision fugitive et donc, nous donne du temps pour observer, mais aussi parce qu’elle sert de miroir grossissant en quelque sorte, de révélateur. Ralf Marsault joue avec cette caractéristique de ce médium mais pour révéler ce que ses personnages ne montrent pas, et le caractère narratif de ces portraits permet de les démarginaliser et de les inscrire ainsi dans une histoire plus générale.


Le travail de Ralf Marsault est à l’opposé d’une certaine forme de photographie qui tente de rendre un monde à la beauté idéalisée. Sa concession au beau est dans l’esthétique quasi picturale de ses photographies qu’il compose comme des tableaux par des rapports de couleurs (avec le noir et blanc) et de structures. Il s’approche d’une conception réaliste de l’œuvre tout en s’en éloignant pour éviter le vérisme car il refuse le caractère documentaire. Cette ambivalence est également visible dans ses natures mortes qui n’en sont pas vraiment du fait qu’elles ne représentent pas, au sens premier du terme, des objets mais tournent autour du corps sans le montrer. Il en utilise les reliques (bottes, vestes de cuir, gants de caoutchouc...) pour introduire la présence humaine mais comme une enveloppe vide, donnant ainsi à ces scènes un sens proche des vanités. L’inconsistance de la vie opposée à la solidité du corps. Têtes, jambes, pieds, et sexe absent mais toujours suggéré. Une marque de virilité forte et omniprésente mais traitée plus comme un symbole de vitalité que comme une expression sexuelle avec cependant l’apparition de la féminité titrée « Immer jouir ». C’est peut-être cela finalement que Ralf Marsault cherche le plus à travers son travail de photographe, cette force de vie instinctive et qui permet d’avancer. Mais avancer, pour lui, entre-deux : entre-deux mondes - chaos et ordre -, entre-deux expressions - observer et se mettre lui-même en scène -, entre-deux attitudes - révolte et acceptation - et entre-deux recherches - celles avec Heino Muller et les siennes propres -.